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Pensées philosophiques

 

Qu'ils soient peintres, sculpteurs, écrivains ou philosophes, lorsque des hommes se groupent, c’est qu’ils en ont ressenti l’appel.
Cet appel, plus ou moins véhément, plus ou moins conscient aussi, est lui-même l’indice d’une nécessité.

Si individualiste qu’il soit, si farouchement prévenu par sa sensibilité contre les atteintes de la société, tout homme n’en est pas moins fondamentalement un animal social, issu du collectif par ses ascendants, porteur en lui par l’hérédité d’une part de déterminisme de ce collectif familial.

Par ailleurs, de sa naissance à sa mort, l’individu est étroitement lié à son groupe : famille d’abord, société ensuite. Rien d’étonnant donc que les plus individualistes des hommes, par la nature même de leur sensibilité, éprouvent inconsciemment ou spontanérnent, le besoin de se grouper. La fécondité des épaulements du collectif ne doit, au demeurant, plus être démontrée. Chacun doit, dès lors, à la communauté qui l’épaule, des prestations.

La première est assurément la PRESENCE.

Etre présent, c’est tout d’abord accepter d’être confronté et de participer aux réalités complexes de son époque. Cette participation requiert de chaque homme un accueil, quels que puissent être les arguments que l’on pourrait se donner pour s'y refuser, même en croyant mieux sauvegarder ainsi l’essentiel et le meilleur de sa personnalité.

Même dans l’acte intérieur d’accueil ou ne sera toutefois présent, qu’à une condition celle d’être attentif et même profondément attentif. L’attention se révèle ainsi l’état de la présence la plus dense, la plus consciente, de l’homme à lui-même et au monde.

La PRESENCE est donc l’état intérieur de prise de conscience qui nous permet de sentir, de communier, puis par un mouvement naturel de réfléchir nos sensations, nos communions, à seule fin de les formuler et de les rendre ainsi intelligibles à nous même et aux autres. Et, en les intégrant à notre mémoire, ou en les exprimant sous forme d’oeuvres, d’en enrichir le patrimoine de l’humanité, en les rendant désormais utilisables.

La PRESENCE se manifeste aussi, par la position en chacun de nous, d’une sorte de «témoin ». Sa fonction semble être de nous faire percevoir notre propre existence et celle du monde extérieur. Il constate la vie. Il en mesure aussi les degrés d’intensité et les qualités relatives des multiples manifestations.

Cette prise de conscience est, par ailleurs, assez aigue pour discerner le relatif, qui correspond notamment au social, axes exigences, à ses possibilités, et en même temps l’absolu, ou plus simplement peut-être, la réalité, au delà ou en deça du relatif, qu’il soit social ou même personnel.
L’« humain » participe de cette réalité qu’il n’épuise pas et qui le dépasse, en se confondant avec l’élémentaire encore plus profond de la vie, ses matériaux, ses états et ses forces, jusque et y compris celles qui l’informent, l’organisent et l’ordonnent.


La fécondité de la présence réside précisément dans cette vivante prise de conscience qu’elle permet au témoin, en chacun de nous, d’exercer. Prise de conscience par laquelle on peut, dans le même instant, se sentir participer au social, au collectif de sa propre nature, ainsi qu’à l’intimité la plus irréductible de soi-même. Dans le même temps aussi participer à ce que chacun dans sa propre substance comporte d’universel. Et franchissant une nouvelle étape encore, participer simultanément aussi au temps organique et à une autre dimension de la durée, sans commune mesure avec celle du temps mesurable.

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L’état de présence est donc l’état de conscience le plus actif et le plus aigu de soi-même et du monde. Il permet de dépasser toutes les limitations de caractère conceptuel et même anthropomorphique.

A son tour, cette prise de conscience éveille des appels, des appétits, des volontés d’action, d’élans de création, de dépassement, de franchissement de plans et de notions trop restreintes.

Volontaire et consciente, la PRESENCE engage, dès lors,au maximum, la responsabilité, qui, elle, confère la dignité.Si, dans un tel état d’accueil et d’attention consciente, on se confronte soi-même et que l’on se confronte au monde extérieur, on ne peut plus, en effet, ni s’en désintéresser, ni s’en abstraire. On est même entraîné à y participer au maximum. Comportement mental, mais aussi au sens large du terme, moral; participation la plus complète des facultés de chacun à la vie accueillie en soi, pour la connaître, la comprendre, communier avec elle, pour s'en nourrir, en incorporer plus profondément les dynamismes et les structures, l'ordre et les messages, et vraisemblablement ainsi accomplir le plus haut et peut-être à la fois le plus complémentaire devoir que comporte ['état d'homme, élément vivant d'une humanité en évolution, la PRESENCE est donc, au sens le plus large et le plus élevé lu terme,une morale.
C'est sous ce signe et même cet impératif moral de la PRESENCE, et de tout ce qu'elle implique, que ces artistes ont décidé de se grouper.
Le choix de la PRESENCE pour règle et principe d'union,indique dès le départ qu'ils n'entendent ni créer une école nouvelle, ni imposer à priori un ou des modes nouveaux d'expression plastique, mais à s'engager, au contraire, à donner chacun, avec le plus de sincérité, le plus de vérité, le plus l'authenticité personnelles, leur témoignage de présence accueillante, attentive et active au monde intérieur et extérieur.
Un tel choix et un tel engagement excluant tout apriorisme doctrinal, mettant l'accent principal sur l'humain, s'impose à un moment comme celui-ci où tant de confusions subsistent, et où tant de fausses idoles, tant d'échelles de valeurs plus qu’approximatives, tentent de s'imposer.
Les artistes de « PRESENCE» estiment en effet, que le monopole exclusif de la connaissance, du dégagement de rapports nouveaux, de mesures nouvelles, que la prospection des erres encore inexplorées dans l'homme lui-même, ne doit plus être laissée à ceux qui, se qualifiant de «clercs « se croient, un peu trop volontiers, investis d'une sorte de magistrature supérieure.
L'Art aussi est connaissance. Il est découverte, et souvent redécouverte nécessaire d'un réel déformé par les concepts, les lieux communs, les systèmes. Il est surtout découverte active et vivante d'un réel aussi total que possible.
C'est par cette volonté primordiale de présence, de participation et de responsabilité qu'elle comporte, que les artistes groupés ici, entendent viser à leur plus grande efficacité, pour leur propre équilibre, le meilleur épanouissement de leur peronnalité, mais en même temps, et par cet épanouissement personnel lui même, pour l'enrichissement de la communauté, à laquelle ils espèrent apporter ainsi, le meilleur de ce qu'ils auront sans cesse tenté d'être et d'exprimer

C'est à tous les aspects du monde, à tout ce que les instants peuvent leur apporter, appeler de chacun d'eux, éveiller en eux, faire surgir et confronter, que chacun, selon ses propres dispositions,visera à être présent.
En tant qu'artistes, ils revendiquent le droit et ils s'imposeront le devoir d'être avant tout des hommes ne rejetant rien à priori, n'acceptant non plus, vis-à-vis de la PRESENCE, qu'ils veulent chacun réaliser au maximum, ni censure ni directives philosophiques, sociales ou politiques, suffisamment conscients par ailleurs des devoirs que comporte le privilège d'être des hommes et avant tout du devoir d'honnêteté vis-à-vis de soi-même, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de la vie.
Parce qu'ils ont choisi de se réunir sous ce signe de leur intégrale PRESENCE, ils s'engagent aussi au respect de leur personnalité réciproque, dans un esprit d'amitié, d'accueil et de compréhension.