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A propos de Orientations

Extrait de Vingt années de peinture et de sculptures en Belgique

Par Georges MARLIER

Ce fut seulement à la veille de la nouvelle guerre que naquit l’idée de sonner le rassemblement des représentants les plus qualifiés de cette action. Léon Devos, Jacques Maes et Antoine Vriens prirent l’initiative de réunir leurs confrères, nés comme eux avec le siècle, une association qui se distinguerait catégoriquement de tous les cercles et cénacles plus ou moins tendancieux constitués depuis l’armistice. Le nom qu’ils choisirent pour le nouveau groupe Orientations — indiquait déjà à lui seul qu’il n’était plus question de militer pour le triomphe d’une esthétique déterminée.
Orientations naissait bien plutôt de la conscience d’une réelle solidarité entre artistes du même âge, lesquels, après avoir parcouru en francs-tireurs la préétape de leur carrière, désiraient confronter les résultats de leurs individuels et les soumettre en bloc au jugement du public. Une attitude était infiniment plus neuve et plus inusitée qu’il n’apparait à première vue.
Tandis que les groupements antérieurs avaient art du temps le caractère d’une chapelle, Orientations recrutait ses membres sans tenir compte de leurs tendances particulières et en n’engageant que la seule qualité de leur production. Il ne s’agissait dans l’esprit de ses promoteurs, de se singulariser par des théories ou des oeuvres révolutionnaires, mais de montrer que, malgré soi et l’incertitude des dernières années, toute une pléiade de peintres et de sculpteurs était parvenue à s’imposer sans le secours de galéristes bruyants ou de marchands attitrés.
Les mouvements moderne étaient distingués par une volonté farouchement anticonforme un individualisme sans limites et une position de violente in à l’égard d’autrui. Orientations se présentait, au contraire, le lieu de rencontre et le centre de ralliement d’artistes animés d’un esprit nettement constructif. Ces peintres et ces sculpteurs, se groupaient dans le but de renforcer encore ces affinités et de créer entre eux une féconde émulation. C’est dans cette mentalité qu’il faut voir, me semble-t-il, la meilleure justification du nouveau groupe.
Orientations présenta sa première exposition au mois de mars 1940 dans les salles de la Galerie Georges Giroux à Bruxelles. Il y avait là douze peintres: Pierre Caille, Georges Conrardy, Henri Descamps, Léon Devos, Alice Frey, Marie Howet, Jacques Maes, Léon Navez, Marcel Stobbaerts, Jean Timmermans, Albert van Dyck, Joseph Vinck et quatre sculpteurs: Fernand Debonnaires, Robert Delnest, Georges Grard et Antoine Vriens . Ces seize artistes avaient beau venir de divers points de l’horizon esthétique, ils étaient liés par une indéniable communauté d’esprit, d’autant plus précieuse qu’elle avait été obtenue tout à fait spontanément.
A l’art anarchique de naguère, qui bafouait volontiers l’être humain et qui, dans ses formes extrémistes tout au moins avait le sens d’une protestation contre la vie, les artistes d’Orientations substituaient des oeuvres qui étaient autant d’actes de foi dans la dignité de l’homme. Par ailleurs, plusieurs des membres d’Orientations paraissaient vouloir se diriger vers la peinture murale et la sculpture monumentale.
(1) Ajoutons que c’est M Léon Eeckman qui assume les fonctions de secrétaire d’orientations avec ce même enthousiasme désintéressé dont il fait bénéficier le groupe Nervia depuis 1928
Ce premier salon illustrait ainsi l’état d’âme de cette génération qu’on pouvait déjà appeler, à la veille des événements de mai quarante, «la génération de l’entre-deux-guerres ». Dans leur jeunesse, ces artistes avaient encore eu le temps d’assister aux tribulations d’un art chaotique; arrivés à l’âge mûr, ils affirmaient une ferme volonté de discipline et le désir de retrouver l’audience d’un public étendu
Ce qu’il y avait peut-être de plus important dans cette manifestation d’Orientations, c’est qu’elle quittait délibérément le terrain étroit du combat et de la controverse esthétiques pour s’élever sur le plan de l’action collective. Une action qui ne s’exerçait plus au profit d’un clan ou d’une chapelle, mais qui tendait à réunir les représentants les plus talentueux de toute une génération. Même si la listes des participants à la première exposition du groupe n’était pas aussi complète que les fondateurs l’eussent voulu, il n’en reste pas moins que, dans l’ensemble, Orientations dressait le bilan de la production post-expressionniste.
En rompant courageusement avec les poncifs et les tics du modernisme de l’après-guerre, en adoptant sur toute la ligne une attitude positive,en revendiquant pour eux-mêmes une activité non plus en marge de la société et moins encore en révolte contre elle, mais harmonieusement adaptée à la vie de leurs contemporains, les artistes d’Orientations ouvraient à l’art de notre pays de larges perspectives. Ils contribuaient à libérer leurs confrères plus jeunes des contraintes et des mots d’ordre que les faux prophètes avaient essayé de leur imposer pendant tant d’années. En même temps, ils les invitaient à ne reconnaître que les seuls impératifs d’un art sain et constructif.
Il faut croire que ces directives venaient au bon moment. Elles contribuèrent à affranchir les jeunes des incertitudes qui avaient compromis leurs débuts. Déjà les meilleurs éléments de la génération qui fait suite à celle d’Orientations s’engagent à leur tour sur cette même voie et pratiquent un art qui se trouve à égale distance des formes anarchiques de naguère et de la routine académique.
A cet égard, certaines manifestations récentes — je songe notamment à l’exposition intitulée Apport 41 ainsi qu’aux salons d’Art Jeune organisés en août à la galerie «L’Atelier» — sont pleinement significatives.
Ainsi le groupe Orientations aura eu le mérite de préparer le terrain à une judicieuse organisation de la profession artistique. Lorsqu’on se décidera, dans un avenir plus ou moins proche, à créer ces corporations ou ces chambres des beaux-arts, qui seront chargées de protéger le travail des peintres et des sculpteurs, on pourra appliquer sur un plan considérablement élargi les principes qui ont présidé à la constitution du cercle Orientations et qui se ramènent à ceci: réunir, sans distinction de tendance, les artistes dont les mérites et le talent ont été clairement établis.

ORIENTATIONS

Quelques témoignages...

Vous avez grandement raison de constituer un groupe de jeunes artistes, soucieux de garder intacte sa jeunesse par des enrichissements de personnalités, pour affirmer les tendances nouvelles de notre Art. Est-ce « l’humanisme> dont on a beaucoup parlé en ces dernières années? Peut-être. Je me méfie un peu des écoles et ce n’est pas une école que vous fondez, Dieu merci. Mais si par humanisme on peut entendre tout simplement l’humain, en dehors de toute formule théorique, bravo
Vous pouvez compter, dans toute la mesure où elle vous sera utile, sur mon cordial attachement à l’idée généreuse que vous servirez ainsi.

RICHARD DUPIERREUX.

C’est, je crois, par l’intermédiaire des groupes » — non des Salons ou des expositions individuelles — que se peuvent nouer les meilleures relations entre les artistes et le public. On se félicite de voir, en des temps particulièrement difficiles, se constituer une équipe bien décidée à pratiquer une politique d’indépendance... vis à vis de laquelle l’opinion ne peut rester neutre. On souhaite qu’après s’être trouvés eux-mêmes, les peintres et sculpteurs beiges nés avec le siècle, et qui sont assurés des sympathies de la critique, rencontrent les encouragements d’une clientèle avertie, de LEUR clientèle.

PAUL FIERENS.

Naguère on était tenté de se plaindre du nombre excessif des cénacles et des doctrines esthétiques.
Depuis dix ans, leur disparition est en partie responsable du ralentissement de la vie artistique belge. Aussi convient-il de saluer joyeusement la naissance d’un groupe qui, par la qualité de ses membres et la hauteur de ses ambitions, est de nature à secouer l’apathie du public. Les manifestations de ce cercle marqueront vraisemblablement une évolution de notre art moderne en affirmant nettement les.tendances de quelques-uns des peintres et sculpteurs les plus représentatifs de l’heure présente.

GEORGES MARLIER.

C’est avec un sensible plaisir que j’ai lu le mémoire relatif à la constitution du nouveau groupe.
Je crois qu’un pareil groupement vient à son heure et que le point d’équilibre se trouve peu à peu entre des artistes qui, hier encore, participaient à des mouvements en apparence contradictoires. Les noms des peintres et des sculpteurs que vous me citez, sont ceux d’artistes beiges arrivés à la maturité, à la pleine possession de moyens qui nous ont donné déjà plus que des promesses. C’est de grand coeur que je vous donne mon nom pour le comité de patronage.

LOUIS PIERARD.

De stelling komt mij onaanvechtbaar voor, dat op tijd en stond in kunst met de zoogenaaamde « groepen », « scholen « en generaties» moet worden afgerekend om te laten vallen wat te licht bevonden wordt en de familie der talenten met duurzame betekenis samen te stellen.
.Zoo onaanvechtbaar als de stelling, dat elke « generatie » in een aktieve saamhoorigheid een van haar meest weldoende stimulansen kan vinden en bestaan canons voor leven en kunst, die niet met het verstand of het gevoel te peilen zijn, maar alleen als tijdsverschijnsel kunnen worden beseft. Er ligt tusschen tijdgenooten een geheele wereld van verwantschappen en mysteries, die door niets anders kunnen vervangen worden, ook als is men ze niet altijd bewust.
In “ ORIENTEERINGEN » lijkt het mij, dat enige van onze meest authentieke talenten van om en rond de veertig zich bewust worden van hun betekenis als generatie. Zij voegen zich samen om de almog onaspeurbare affiniteiten van het tijdsverband, maar ook omdat zij in elkaars begaafdheid geloven. De groepsvorming gaat hier echter ook samen met een .

M. ROELANDTS.

“ORIENTATIONS”
La raison d’être du Groupe

Par Georges Marlier

A partir de l’impressionnisme, chaque génération de peintres et de sculpteurs s’est présentée au public sous les signes d’une esthétique inédite. Aux néo-impressionnistes succédèrent, tour à tour, les cubistes, les expressionnistes et les surréalistes.

Depuis 1930, aucune école nouvelle ne s’est affirmée, exception faite pour les néo-humanistes parisiens. Aussi le public a-t-il parfois l’impression que l’apport de la génération qui a suivi chez nous celle des expressionnistes, est assez peu importante. Les peintres et les sculpteurs belges qui gravitent aujourd’hui autour de la quarantaine sont des isolés, qui se sont formés en toute indépendance, sans recourir à l’appui d’un groupe ou d’une doctrine esthétique. Il est hors de doute que leurs manifestations peu bruyantes ont moins frappé le public que celles de leurs devanciers, lesquels bénéficiaient de la rumeur d’une étiquette plus ou moins sonore.
Le but du groupement « ORIENTATIONS « est précisément d’attirer l’attention sur l’effort de cette génération, qui est arrivée à maturité au moment où, peu après 1930, le mouvement de l’ «Art vivant » était en proie à une crise, due à la fois à des circonstances accidentelles et à des causes profondes. La tâche des artistes en question était rendue, de ce fait, particulièrement difficile pour l’ accomplir ils ne pouvaient s’ appuyer sur une esthétique toute faite.
Aujourd hui, après plusieurs années de labeur, ils constatent que, malgré l’absence de tout accord préalable, leurs œuvres révèlent néanmoins des aspirations communes. La plupart de ces artistes ont rompu avec les effets d une originalité facile et superficielle. Ils ont, par ailleurs,l’ ambition de ne pas se satisfaire de la pochade impressionniste, mais de réaliser un art de composition, dans une forme qui ne doit rien au passé et qui soit en harmonie avec l’ architecture et l' esprit de notre temps.
Ces aspirations tout à fait générales et qu’ on aurait tort de vouloir définir d’une façon trop rigide, se dégageraient avec plus de netteté si les œuvres de ces artistes étaient réunies dans un grand salon d'ensemble. Il n’ est pas douteux que le public serait impressionné par le parallélisme de ces productions et par l’homogénéité d une équipe dont la communauté de vues est d'autant plus significative qu ‘elle s'est réalisée d une manière tout à fait spontanée.

Les promoteurs du groupe estiment d'autre part que la multiplicité incroyable des expositions individuelles a fortement diminué la portée de celles-ci. Ils croient, qu ‘un Salon d ‘ensemble réunissant les meilleures œuvres d'artistes déjà connus, mais qui ne se sont pas encore associés pour affirmer l’apport de leur génération, pourrait avoir un grand retentissement.»
Il va de soi qu’ en s’ unissant pour exposer en groupe, les membres du cercle entendent préserver leur entière indépendance artistique.
Leur groupe n’ est pas né sous le signe d une esthétique déterminée ; il ne vivra pas davantage pour détendre une tendance quelconque. –Les expositions du groupe seront avant tout le résumé de ce qu’ une génération, celle des peintres et des sculpteurs qui sont aujourd’hui âgés de 3o à 45 ans, a produit de plus valable.

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Membres du Groupe

Membres effectifs

Pierre CAILLE, Georges CONRARDY, Fernand DEBONNAIRES, Robert DELNEST, Henri DESCAMP, Léon DEVOS, Alice FREY, Jacques GRARD, Jacques MAES, Léon NAVEZ, Marcel STOBBAERTS, Jean TIMMERMANS, Suzanne VAN DAMME, Albert VAN DYCK, Jean VINCK et Antoine VRIENS.
Léon EECKMAN Secrétaire.

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L’action du groupe " ORIENTATIONS" en 1940.


« ORIENTATIONS » se propose, en guise de première manifestation, d ‘organiser du 9 au 21 mars 1940, une importante exposition des œuvres de ses membres dans les salles de la Galerie Georges Giroux, boulevard du Régent, à Bruxelles.
Un prix sera attribué à la meilleure œuvre de composition.
Chaque année, une distinction analogue sera décernée lors du salon principal du groupe.
Cette initiative ne manquera pas d'éveiller la curiosité et l'intérêt du public. En même temps, elle stimulera l’ effort des membres du groupe et des invités en suscitant entre eux une heureuse émulation.
Le groupe se propose également d ‘organiser une série de conférences.