header

 

A propos de :

 



Du sommet d’un Terril par Robert LIARD


Le groupe Nervia s'est créé en 1928. Quatre professeurs de différentes Académies des Beaux- Arts : Rodolphe Strebelle. Louis Buisseret, Pierre Paulus et Anto-Carte invitèrent chacun un élève bien doué. Ce nouveau quatuor fut formé par Léon Navez, Jean Winance, Taf Wallet et Léon Devos. Le groupe fit sa première exposition aux « Mille colonnes » à La Louvière.
Ma première rencontre avec Léon Devos eut lieu au sommet d'un terril. J'y peignais un panorama vers Haine-Saint-Pierre et j'étais tout à mon travail quand, voulant prendre quelques minutes de repos je m'aperçus qu'il y avait derrière moi quelqu'un avec un matériel de peintre qui me regardait travailler, c'était Léon Devos.
On fit connaissance et Léon prit l'habitude de passer chez moi chaque fois qu'il venait dans le Centre. Voyant le rez-de-chaussée de la maison que j'habitais, toujours vide. il me conseilla d'en faire une galerie d'art. C'est lui qui la baptisa le « Rez-de-Chaussée » parce qu'elle était la seule galerie louviéroise qui était à front de rue.
Léon Devos était un bourreau de travail. Il adorait peindre sa femme, inspiratrice de tant de figures, de nus, de compositions. Toujours expressive et vivante, belle et énigmatique et encore ses deux filles Monique et Nicole, dans la fraîcheur de l'adolescence, resplendissantes de santé et de vie. Pour Léon, peindre était un besoin primordial. Le sujet, un prétexte à des compositions, des rythmes, des jeux d'harmonie ou de contrastes dans les couleurs, à la recherchedu volume, du caractère et de l'expression.
En 1933, j'allais en vélo lui rendre visite à Saint-Idesbald. Il y peignait la mer toujours mouvante, les baigneurs, les estivants prenant leurs bains de soleil, mais il peignait aussi le calme bucolique et la sérénité de l'arrière-pays. Aux moments de repos, tous les artistes se réunissaient et jouaient à la pétanque. Il y avait le sculpteur Grard. les Cambier. Taf Wallet, Paul Delvaux. Jean Timmermans. Strebelle et bien d'autres encore.

On ne compte pas les musées dans le monde qui possèdent de ses toiles, ni les grandes collections où il est représenté, ni les nombreuses expositions personnelles en Belgique et à l'étranger.

Son œuvre à travers sa carrière respire toujours la joie de peindre, elle est vivante, pleine de spontanéité, de poésie naturelle et de fraîcheur. Léon aimait déménager ; il s'était installé, si mes souvenirs sont bons, avenue de la Couronne dans une grande maison spacieuse avec notamment au rez-de-chaussée, une vaste salle à manger ornée de lambris en chêne et au milieu une longue table. Léon m'avait invité à dîner et je m'attendais à un repas intime ; il n'en était rien et je fus fort étonné d'y trouver, à part Winance, tous les membres du groupe Nervia, certains avec leurs épouses. A chaque bout de la table se trouvaient les deux Léon : Léon Eeckman et Léon Devos ;
devant moi il y avait Taf Wallet et son épouse et Anto-Carte, à ma droite j'avais Pierre Paulus et plus loin Rodolphe Strebelle. Il y avait encore Frans Depooter et son épouse, Léon Navez et Louis Buisseret. Le repas était remarquable par sa qualité, par l'ambiance, par les vins de tout grands crus.
Nous étions tous forts gais et à un moment donné, alors que Léon servait du vin, Pierre Paulus lui dit : « Mon cher Léon, nous avons très bien mangé et bien bu. tu ne devrais plus servir des vins de cette classe, sers en de plus ordinaires ». Et Léon de répondre : « Mon cher Pierre, je ne saurais pas faire autrement, il n'y a que des
grands crus dans ma cave ». Le résultat des discussions de cette soirée fut que, devant les difficultés de trésorerie qui se présentaient au groupement, tous furent d'accord de cesser les activités de Nervia.


Léon aimait beaucoup la Provence et il y a passé souvent ses vacances. Il aimait l'accueil et le caractère du pays, toujours ému par la vitalité, le mouvement, la bonne humeur proverbiale de ce peuple de bons vivants. Qui aurait cru qu'en quittant cette Provence tant aimée, les yeux pleins de soleil, il ne verrait pas Bruxelles et que
sa course d'homme vivant se terminerait à mi chemin et que sa fin d'étape fût pour lui sa fin éternelle. Bien plus qu'une tombe, il reste l'œuvre dispersée dans le monde, message de vie, de poésie, de bonheur et de paix.