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Appréciation :


Peux-on parler de la peinture de Léon Navez sans parler de l'homme ? Il est évident que non. Une comparaison avec Léon Devos est tentante, tant les deux amis étaient aux antipodes l'un de l'autre… Autant on peut considérer Léon Devos comme acteur, autant Léon Navez apparaît comme spectateur et observateur de la vie. L'entente des deux amis se basait sur ce principe : le fougueux Devos, le taiseux Navez… À tous, en effet, Devos apparaissait baroudeur, extraverti, cherchant sans cesse la discussion pour s'affirmer. Tout au contraire, Léon Navez frappait par son aspect solitaire, empreint d'une certaine détresse, sentiment qui transparaît souvent dans sa peinture.
À cet égard, il est intéressant d'interroger les portraits qu'il fait de lui. À la manière d'un poète, Navez a projeté sur la toile son angoisse, dans l'espoir peut-être de s'en libérer et faire ainsi émerger son moi intérieur. Dans Autoportrait, il porte sur lui un regard de fou, qui n'est pas sans rappeler Van Gogh. L'homme au chat, bien que plus " sage ", transmet le même désespoir.
Contrairement à Devos qui vivait tourné vers sa famille, Léon Navez, comme Toulouse-Lautrec, se complaisait dans l'ambiance des cafés et trouvait probablement dans ces lieux publics la communication dont il était privé lorsqu'il travaillait. Un besoin de rééquilibrer sa solitude…

Navez cachait ce caractère triste sous des dehors ironiques et moqueurs, n'hésitant pas à pimenter une discussion d'une petit mot acide. Mais n'était-ce pas en fait de lui-même qu'il se moquait ?
Il hébergeait chez lui des jeunes artistes notamment Paul Van Rafelghem, le sculpteur belge.
Si Devos recevait beaucoup, Léon Navez également accueillait ses amis pour des parties de pétanque acharnées. Il aimait aussi aller chez son ami Léon Eeckman non loin de sa maison de l'avenue Walckiers. Tous s'y retrouvaient : Letellier, Devos, Navez, Wallet,…au milieu de politiciens comme Jean Terfve ou d'industriels comme Emile Deletaille.
" Souvent raconte Simonne Eeckman, nous pénétrions chez lui Rue aux Laines. La pièce était emplie de fumée. L'on parlait entre amis et l'on refaisait le monde. Serge, son fils, était là, attendant sagement que l'on veuille bien faire attention à lui. "