Appréciations :

Le peintre Rodolphe Strebelle connut une carrière très discrète; il ne cherchait pas les honneurs et répugnait à montrer son oeuvre au public. Il n'eut d'ailleurs de son vivant que huit expositions personnelles. A l'écart de toute école mais à l'écoute de la nature et surtout de sa vie intérieur, il bâtit une oeuvre variée qui reste profondément homogène car elle est entièrement vouée au culte de la Beauté de la Nature ainsi que de la Maternité de l'Enfance. Son oeuvre est toute mesure et retenue, son dessin souple et synthétique. "Il est vrai et simple comme son oeuvre" écrivait sa femme.

Ce caractère intimiste est marquée par le fauvisme brabançon et le mysticisme de Woestijne. Strebelle aborde simultanément le portrait. Les sujets religieux marines et les scènes de la vie familiale.

C'est le rêveur et l'éternel enfant. Scènes lumineuses qui s'emplissent d'un mystère."Je suis rarement gai" en peinture disait-t-il.

Les premières oeuvres conservées de Strebelle sont ainsi de petites aquarelles peintes lors de son voyage de noces en Italie, oeuvres spontanées témoignant déjà de la sûreté de son pinceau.

Après la guerre, passée à Tervuren, Les Strebelle s'installent à Uccle. Le bonheur se reflète dans sa peinture, sa famille s'est en effet agrandie de deux fils. Il peint de paisibles scènes familiales dans des jardins fleuris inondés de soleil. Dans tous ses tableaux les formes sont nerveusement brossées en couleurs vives, souvent irréalistes, reflétant toute la fièvre créatrice de l'artiste. Il réussit à dépeindre la psychologie enfantine de façon schématique mais très perspicace en concentrant toute l'attention sur l'expression du regard. Cependant ces scènes à la beauté un peu superficielle ne le satisfont pas pleinement. Il cherche alors à approfondir son art et à le redonner à la forme son importance, pour aborder un style plus rigoureux dont les natures mortes sont le meilleur exemple.

Le décès prématuré de sa petite fille en 1925 marque un tournant décisif dans sa peinture: il traverse une phase très spiritualisée, voire mystique, glorifiant l'amour maternel.

En 1928, Rodolphe Strebelle se joint au groupe Nervia comme membre fondateur et participe à presque toutes ses expositions. Mais c'est peut-être plus en "grand frère" compagnon de route réservé qu'il y a trouvé une place. C'est pour Strebelle une période sombre qui correspond à son état d'esprit très mélancolique. La guerre vient encore intensifier son humeur sombre et ses toiles s'assombrissent de plus en plus jusqu'à être lacérées de traits noirs.

Un séjour en Italie lui fait découvrir la splendeur du paysage méditerranéen. Les dix dernières années de sa vie, ce n'est plus qu'en aquarelle qu'il evoque les ports méditerranéens de Cannes et St Tropez, mais aussi de Tossa de MAr, Collioure, Cadaques et Liansa; de très belles vues aux dominantes turquoises et ocres. Il s'éteint discrètement à Uccle en 1959, après une courte maladie.