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POUR SALUER RODOLPHE STREBELLE
Par Paul Caso

Pour beaucoup, la rétrospective des œuvres de Rodolphe Strebelle sera une révélation. Ce grand artiste est de ceux qui travaillent en silence et qui se livrent en profondeur. Il est de cette race qui tient l'art pour une longue patience, une fervente révélation de ce domaine intérieur, où l'homme est seul à l'écoute du monde. Il s'est, à juste titre, effrayé de voir certains de ses confrères chercher la renommée à tout prix et s'exposer sans réserve.

Rodolphe Strebelle a choisi la solitude parce que sa peinture est née sous le signe d'un choix sans partage. Nous voici donc devant un art réservé, vierge de toute spéculation, libre comme son auteur. C'est un bien inestimable qui justifie que l'on s'y arrête longuement.

Depuis des années, nous attendions qu'un hommage soit rendu à Rodolphe Strebelle. Que l'on nous permette, en passant, de souligner le mérite de la Société des Peintres de la Mer qui a pris à cœur de nous montrer, en plus du bilan annuel de ses membres, un ensemble important d'un maître contemporain.

On a gardé le souvenir de ceux qui se sont imposés, grâce à ses soins, dans l'éclat de la maturité. Qui pouvait mieux que la Société Belge des Peintres de la Mer, offrir au public du Palais des Beaux-Arts, cette perspective sur quelques-uns des artistes les plus représentatifs de notre peinture contemporaine ? Certes, la jeune génération découvrira avec une curiosité mêlée de respect, l'œuvre de Rodolphe Strebelle. Les mérites du professeur sont toujours vivaces dans les mémoires.


La maîtrise de l'artiste trouve aux cimaises du Palais des Beaux-Arts une éclatante illustration. Les jeunes peintres verront se déployer une sensibilité éprise des âges de la vie, de l'enfance, surtout et des sobres beautés de la nature. Un cœur religieux s'exprime ici, avec ferveur. Et, sans doute, peut-on considérer ce peintre comme un des créateurs les plus doués de notre pays qui se soient imposés par un noble souci de rénovation de l'art sacré.

Rodolphe Strebelle n'a jamais cessé de mettre son sens de l'harmonie, un souffle qui s'adapte avec aisance au format monumental et sa belle conscience d'artisan au service de disciplines artisanales à l'épanouissement desquelles il a largement
contribué. Nous songeons à ces tapisseries (dont le Doudou de Mons, appartenant à la collection de Sir Winston Churchill, au Saint François qu'il a peint pour l'église de la Cambre et à une suite de vitraux (le Saint Hubert de la chapelle royale de l'exposition universelle de 1955) qui attestent la diversité de ses dons et la constance de ses efforts.

L'art du chevalet l'a toujours reposé des œuvres de longue haleine. Il a peint d'élégantes compositions où revivent les heures claires de la famille, l'innocence des enfants dans la paix de la nature et des scènes intimes qui sont bien dans la tradition des imagiers wallons. On lui doit, dans cette voie féconde, quelques œuvres de premier plan comme l'enfant malade, la Piéta, qui est conservée à l'administration communale de Molenbeek et la dame de cœur, une toile plus ancienne qui témoigne du modernisme de l'artiste aux environs de 1926. Ce qui frappe d'emblée c'est la pureté des intentions. Nous connaissons, - il est vrai beaucoup d'artistes; nous avons eu quelquefois un sentiment de malaise en éprouvant la préméditation de certains. Devant Rodoplphe Strebelle, nous pouvons répéter le mot de Monet :
« il peint comme l'oiseau chante ». Voici pourquoi il est comme tenté pour toutes les disciplines créatrices. Toutes les inquiétudes, toutes les joies qui sont réservées à l'artiste en pleine possession de ses moyens et guidé par un instinct très sûr de la couleur et de la forme, Rodolphe Strebelle les a éprouvées.
Elie Faure disait que dans ces périodes critiques redoutables, où presque tous les individus désorbités errent dans les fados arides de leur esprit et n'agissent plus qu'au hasard de leurs impulsions et de leurs habitudes, quelques-uns et le peintre, en particulier, portent l'héroïsme du monde. C'est bien cette fonction qu’ assume, pour sa part, Strebelle en demeurant celui qui n'apparaît pas mais que l'on cite en exemple.
Quel chemin parcouru depuis la classe de DELVILLE !
Rodolphe Strebelle peut revoir en songe le Tournai de son enfance à la fin du siècle dernier, l'atelier de CRESPIN à l’académie de Schaerbeek, le long séjour à l'Académie de Bruxelles où il travailla avec Isidore VERHEYDEN, la première exposition personnelle au Cercle Artistique en 1922, l'amitié avec Auguste 0LEFFE, les cours d'art décoratif à l'Abbaye de la Cambre, les expositions du groupe NERVIA dont il fut un admirateur de la première heure, l'entrée à l'Académie Royale de Belgique, et tant d'événements poignants ou tendres qui ont marqué sa vie de chef d'une famille turbulente. Il peut regarder le présent avec orgueil: ses grands fils sauvages « beaux comme de princes hindous » disait avec fierté leur maman, occupent une place importante dans notre vie artistique.
Ainsi, les Strebelle sont une véritable dynastie où le talent ne désarme pas d’ une génération à l’autre.
Comment ne pas évoquer la maison du Wolvendael, parmi les feuillages, les fleurs et les amis ? Et la fabuleuse collection de coquillages de l'épouse attentive aux pas de sa chère tribu ?
Voyez aux murs des natures-mortes au graphisme délicat et modelé, des vues de Bretagne terre d'élection pour cet œil mélancolique — et des paysages d'Ardennes baignant dans une atmosphère verlainienne. Des toiles plus anciennes nous rappellent que le peintre ne fut pas insensible à la vision d'Oleffe comme à la grâce décorative des compositions de Gustave Van de Woestyne.
Il faut, enfin, se souvenir des grandes expositions du groupe «Nervia », où Rodolphe Strebelle a confirmé ses qualités de latin. L'art wallon a trouvé en lui un témoin inspiré.
Par lui et par ses amis, l'art wallon existe. Nul n'oserait le nier après avoir longuement étudié, tout au long des cimaises du Palais des Beaux-Arts, des œuvres où la précision de la main, l'aventure spirituelle sans cesse recommencée et le choix d'une palette d'une distinction parfaite font de Rodolphe Strebelle, l'un des maîtres les plus accomplis de ce temps.

expositions

EXPOSITIONS PERSONNELLES


1922 Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles - 17-26 février
1927 Galerie Le Centaure, Bruxelles - 12-23 mars
1934 Salle Art, Gand - 3-16 mars
1938 Salle Ars, Gand - 4-16 décembre
1942 Galerie Pierre Breughel, Bruxelles - 14-16 février
1954 Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles - juin
1959 Palais des Beaux-Arts de Bruxelles ~XXIIIè salon des peintres de la mer - rétrospective Rodolphe Strebelle» - 14 février -1er mars
1960 Galerie Au Cheval de Verre, Bruxelles - 19-31 mars
1960 Centre Culturel et Artistique d’Uccle. Bruxelles - 13-26 janvier
1961 Galerie Serco, Hoeilaart - sept-15 oct.

EXPOSITIONS DE GROUPES


Belgique: Participe aux salons:
- Uccle Centre d’Art (membre fondateur) - 1921
- Pour l’Art, au Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles (membre effectif) - 1922
- Société Royale belge des Aquarellistes, Palais des Beaux-Arts de Bruxelles - 1928
- Nervia - 1929
- Art Libre au Cercle Artistique et Littéraire de Bruxelles (mbre fond. - 1932)
- Bon vouloir à Mons - 1931
- AIs ick kan d’Anvers - 1933
- Peintres de la Mer au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles - 1949
- Artistes du Hainaut - 1950

Salons triennaux et quadriennaux d’Anvers, Liège et Gand


Etranger: Salon d’Automne de Paris, 1922 - Carnegie Institute à Pittsburgh, 1930 - Art belge en Angleterre. Musée de Brighton,
1930 - Biennale Internationale de Venise, 1928, 30, 32,48- Biennale de menton, 1953 - Expositions Universelles de Bruxelles (35 et 38); Paris (37) et New-York (39) - Art belge au Musée National de Riga, Lettonie, 1932

COLLECTIONS PUBLIQUES


Musées des Beaux-Arts de Bruxelles, Charleroi, Anvers, Ixelles, Liège, Mons, Riga. Grenoble et Venise. - Etat Belge - Crédit Communal de Belgique - Administration Communale d’Uccle et de Molenbeek St Jean - Province de Brabant