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Crommelynck Albert :
 
Repères biographiques

Une mère française et un père d'origine flamande; ce sont les prémices d'une subtile sensibilité, qu'une riche culture viendra parfaire: celle d'Albert Crommelynck, dont l'enfance est, peut-on dire, inhibée de littérature. Son père et son oncle sont acteurs, quand à son frère Fernand, de seize ans son aîné, il est dramaturge et poète. Le jeune Albert lui-même: rêve d'entrer un jour à la Comédie-Française et, pour s'y préparer accepte les rôles principaux dans les pièces de théâtre jouées lors des distributions de prix au Lycée français où ses études, brillamment commencées, sont interrompues par la première guerre mondiale. Cependant sa future carrière se dessine peut-être déjà dans le journal qu'il publie et illustre de caricatures de ses professeurs et de ses condisciples.
La rencontre du peintre H. Letelier en 1916 est déterminante puisque c'est alors qu'il décide de devenir peintre.
Goyard, décorateur français établi à Bruxelles, l'initie à la décoration théâtrale alors qu'il suit les cours de C. Montald à l’Académie des Beaux-Arts Bruxelles. Grâce aux conseils de technique picturale que lui prodigue le restaurateur de tableaux Vanderveken, il res taure aussi des tableaux pour les antiquaires. Cependant le théâtre n'a pas tout à fait disparu de sa vie puisqu'il participe aux activités de la troupe du Théatre volant créée par son frère.
En 1918, il réalise son premier Auto- portrait. Peinte sans dessin préalable, l'œuvre est d'une facture post-impressionniste accordant à la couleur une large part d'expression. C'est le dessin, néanmoins, qui s'imposera comme paramètre fondamental de son unique motif pictural: le portrait.
En 1920, il s'installe à Paris. Il y expose au Salon des Indépendants et à celui des Tuileries. Il illustre aussi un livre destiné aux enfants par Marie Van Calys, Mon beau sabot doré préfacé par Maeterlinck et publié en 1923 aux éditions de la Sirène. Deux ans plus tard, il peint 'le portrait de l'éditeur poète Georges Houyoux. L'apparence du personnage s'y trouve réduite à l'essentiel; toute la tension de l'image est concentrée dans le regard soutenu. qui semble aller à la rencontre de celui du spectateur. Dans une interview accordée en 1975 à N. Callebaut, Albert Crommelynck dit:
» Le portraitiste doit avoir le don que possède l'acteur de s'idéntifier à son personnage par une sorte de mimétisme ».
Ainsi en sera-t-il tout au long de sa carrière. Ses figures, il les pense autant qu’il les voit au moment de les représenter avec la plus grande fidélité possible à la réalité visuelle.
« Crommelynck interroge longuement son modèle. Il cherche à dégager la ligne qui résume Il contour d’un visage, il poursuit le détail typique, le tracé d'une paupière, l'inflexion d'une bouche, tout ce qui trahit un état d'âme.. écrivait admirativement Marlier.
Toujours à Paris en 1924, Crommelynck rencontre le collectionneur et marchand de tableaux R. Gimpel qui lui achètera, un an plus tard, au Salon des Indépendants, un Autoportrait. Fort remarquée et reproduite dans divers journaux, cette toile; relève du style que l'artiste ne cessera d'approfondir et où la ligne prédomine. C'est l'époque où A. Crommelynck se penche sur des écrits anciens tels les traités de peinture de Cennino Cennini et de Léonard de Vinci. Ses succès parisiens éveillent l'intérêt en Belgique où il rentre; afin de réaliser certaines commandes. En 1926, il épouse Elisabeth Fallens, fille de l'auteur dramatique. Rentré à Paris, il fréquente l'atelier du graveur Roger Lacourière et y côtoie, entre autres, Marie Laurencin et Pablo Picasso. Ces rencontres ne viennent toutefois en rien modifier sa vision personnelle de l'art. Il illustre de gravures des contes galants du XVIIIe siècle et participe au Salon du portrait de la femme de Ingres à Picasso. organisé par la galerie de la Renaissance, avec le Portrait d'Elisabeth, sa femme.
C’est en 1929 qu'il peint Le peintre, sa femme et son fils (M.R.B.A., Bruxelles) œuvre étrange et forte, marquante dans la carrière de l'artiste. Par un subtil glissement savamment dosé, Crommelynck métamorphose les modèles en une image qui les place à mi-chemin entre l'humain et le batracien. A première vue, le portrait parait réaliste, fidèle aux traits des modèles. alors qu'une vision prolongée en fait surgir, du dedans mêmes des regards exorbités, presque insoutenables, un autre monde dont nous ne possédons les références. Une perversion de l'image est atteinte par une forme de stylisation très subtile qui ne sera pas pour autant développée dans la suite de son œuvre.( Marlier p. 125)
Evoquant la suite de son œuvre qu'il compare l'Autoportrait de 1925 écrit:
« On constatera que le but poursuivi est resté le même: les moyens seuls sont devenus plus simples et plus loyaux, l'artiste se refusant à recourir à toute déformation. »
Bizarrement, alors que la notoriété semble à portée de main en la ville européenne des arts, A. Crommelynck quitte Paris pour Ascona en Suisse, puis se retrouve en 1931 à San Terenzo près de Florence où il décore une villa de fresques et visite les musées. Qu'il se plaise en Italie n’étonne pas! Il y trouve chez les primitifs ou les maniéristes les modèles anciens de ce qu'il poursuit dans sa propre œuvre. Prépondérance de la ligne, sobriété des environnements, larges aplats de couleurs simples pour les vêtements sont quelques-unes des caractéristiques d'une vision que domine l'humanisme. .
Mais les portraits de Crommelynck. avec leurs regards intenses, sont porteurs d'une inquiètude bien différente, qui renvoie directement à ce XXe siècle traversé de bouleversements perpétuels.
En 1937, à Bruxelles, Crommelynck illustre de lithographies les poèmes d'Odillon Jean-Perier parus aux éditions des Artistes et effectue une décoration murale en céramique pour l'Exposition de Paris- Il est en Angleterre de 1937 à 1939. La guerre l'oblige à remettre à plus tard un grand nombre de commandes. Il rentre au pays avec sa famille qui s'est, depuis son mariage, agrandie de cinq enfants. En février 1940, une exposition réunit ses œuvres au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles.Il expose, à partir de ce moment-là, partout dans le monde, et, plus précisément, en 1946 au Musée d'Art Moderne de Paris, en 1948 à Buenos-Aires et en 1949, il participe à l'exposition itinérante, Cent chefs- d' œuvre en cent ans d'Art belge, organisé par l'Etat belge pour l'étranger avec le Portrait d'Annette (1941). En 1950 une exposition réunit ses oeuvres principales à la galerie Giroux à Bruxelles. :
Professeur à l'Institut national supérieur des Beaux-Arts d'Anvers (1950), il le devient également à la Cambre, à Bruxelles, en 1954, et poursuit une œuvre que ni le temps ni les modes successives de l'art ne semblent atteindre. En 1960, il est membre de l'Académie royale de Belgique et, dès ce moment, jusqu'en 1966, il préside le Conseil national des Arts plastiques. Il est membre fondateur d' Artes Bruxellae en 1974. Crommelynck crée aussi des décors et des costumes de théâtre, entre autres pour la pièce « Tous les chemins mènent au ciel » de Suzanne Lilar en 1941 au théâtre Hébertot à Paris et pour « Comme il vous plaira « de Shakespaere au Théâtre national de Belgique en 1950-
En 1972, il peint un portrait grandeur nature du Roi Baudouin conservé à l'Académie royale de Belgique à Bruxelles et exposé lors de sa dernière rétrospective en 1985, au Musée d' Art Moderne à Bruxelles. Ses œuvres sont, conservées tant dans les musées belges (Anvers, Bruxelles) qu'étrangers, ainsi que dans les collections privées.
En 1993 il décède dans sa maison de la chée de Wavre à Auderghem.(Maison rappelons le où à vécu le peintre Oleffe.

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